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Auvergne-Rhône-Alpes : Lyon et l'expansion du moustique tigre

13 mai 2026

Le moustique tigre (Aedes albopictus) n'est plus une curiosité exotique en Auvergne-Rhône-Alpes. Détecté pour la première fois dans la région en 2012, il y est aujourd'hui pleinement installé : à la fin de la saison 2025, on dénombrait 1 328 communes colonisées dans les douze départements, soit une progression de 136 communes par rapport à l'année précédente. Environ 80 % des habitants de la région vivent désormais dans une zone où cet insecte est présent, selon l'Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes. À Lyon et dans la Métropole, la situation est particulièrement avancée : le Rhône est classé « fortement colonisé » par l'ANSES, ce qui en fait l'un des départements les plus exposés de France.

Cette expansion ne serait qu'un fait entomologique si elle ne s'accompagnait pas d'une hausse concrète des cas de maladies. En 2025, le nombre d'arboviroses (dengue, chikungunya, Zika) déclarées dans la région a bondi de 25 % par rapport à 2024. Parmi elles, plusieurs dizaines étaient des cas autochtones, c'est-à-dire contractés sans voyage à l'étranger, directement en France. Un foyer de chikungunya affectant le département du Rhône a été identifié, confirmant que la chaîne de transmission locale fonctionne désormais. Comprendre pourquoi l'Aedes albopictus progresse aussi vite dans cette région, et comment s'en protéger, est devenu un enjeu de santé publique concret pour les Lyonnais comme pour les habitants du reste de la région.

Contrairement au moustique commun (genre Culex), brun-beige et actif au crépuscule, le moustique tigre est reconnaissable à ses rayures noires et blanches, sa petite taille (environ 5 mm) et son agressivité en pleine journée, souvent à l'ombre ou à l'intérieur des jardins. C'est cette différence de comportement qui en fait un vecteur particulièrement difficile à éviter lors des activités quotidiennes.

Pourquoi le moustique tigre prolifère-t-il à Lyon ?

La Métropole de Lyon réunit plusieurs conditions qui favorisent l'implantation et la multiplication du moustique tigre. La première est climatique : les étés chauds et humides de la vallée du Rhône offrent des conditions idéales pour le développement des larves. Le réchauffement climatique allonge progressivement la saison active du moustique, qui peut désormais pondre dès avril et rester actif jusqu'en octobre-novembre.

La seconde est urbaine. L'artificialisation des sols, avec ses nombreuses surfaces imperméables, favorise la stagnation de l'eau après les pluies. Les jardinières, les gouttières, les récipients abandonnés dans les cours et jardins, les bâches mal tendues constituent autant de gîtes larvaires potentiels. Le moustique tigre n'a pas besoin d'un étang ou d'une mare : un bouchon de bouteille contenant quelques millilitres d'eau stagnante suffit à sa reproduction. Dans un tissu urbain dense comme celui de Lyon, ces micro-gîtes sont légion.

La troisième raison tient aux échanges humains. Lyon est un carrefour de transport majeur (autoroutes, LGV, aéroport Saint-Exupéry), ce qui facilite les voyages vers des destinations tropicales où la dengue ou le chikungunya circulent. Quand une personne infectée revient en ville et se fait piquer par un moustique tigre local, le cycle de transmission peut s'enclencher. C'est ce mécanisme qu'ont confirmé les foyers autochtones recensés dans le Rhône en 2025.

Bilan 2025 : des chiffres en hausse dans toute la région

Les statistiques publiées par l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes pour 2025 donnent la mesure de l'évolution. Au total, la région a enregistré 177 cas de chikungunya, 168 cas de dengue et 2 cas de Zika, soit une augmentation d'environ 25 % du nombre d'arboviroses par rapport à 2024. Parmi ces cas, 6 foyers de transmission autochtone de chikungunya ont été identifiés, représentant 51 cas répartis dans six départements : la Drôme, l'Isère, la Savoie, le Rhône, la Loire et l'Ain. L'Isère a été le département le plus touché, mais le Rhône figure dans cette liste, ce qui illustre bien le niveau de risque dans la zone lyonnaise.

Face à cette hausse, les équipes de l'ARS et des collectivités locales ont intensifié leurs interventions. En 2025, 326 enquêtes épidémiologiques ont été menées (contre 212 l'année précédente) et 134 opérations de démoustication ont été réalisées (contre 72 en 2024). Ces chiffres montrent que le dispositif de surveillance monte en puissance, mais aussi que la pression du moustique s'accroît plus vite que les ressources mobilisées.

Le Rhône : département fortement colonisé

Selon la classification de l'ANSES, le département du Rhône est le seul de la région Auvergne-Rhône-Alpes à atteindre le statut « fortement colonisé », ce qui signifie que plus de 40 % de ses communes sont concernées. Dans la Métropole de Lyon, la quasi-totalité des communes sont touchées. Le moustique tigre est présent dans les jardins de Villeurbanne, Caluire, Bron, Vénissieux et de nombreuses autres communes de la couronne. Il ne s'agit plus d'un phénomène marginal mais d'une réalité du quotidien pour des centaines de milliers d'habitants.

Les données de colonisation par commune sont consultables sur notre page régionale Auvergne-Rhône-Alpes et sur notre carte des communes. Ces informations sont mises à jour régulièrement à partir des signalements citoyens et des données officielles.

Les maladies transmises : dengue, chikungunya, Zika

Le moustique tigre est un vecteur potentiel de trois arboviroses qui ont toutes été confirmées en France métropolitaine : la dengue, le chikungunya et le Zika. Ces maladies partagent des caractéristiques communes : elles sont transmises par la piqûre d'un moustique infecté, elles ne se soignent pas avec des antibiotiques (ce sont des virus), et elles ne se transmettent pas directement d'une personne à l'autre (sauf le Zika par voie sexuelle dans des circonstances particulières).

La dengue provoque une fièvre élevée, des douleurs musculaires et articulaires intenses (surnommées « fièvre brisante »), des maux de tête sévères et parfois une éruption cutanée. Des formes graves, dites dengues sévères, peuvent survenir lors d'une deuxième infection par un sérotype différent du virus et nécessiter une hospitalisation. Le chikungunya se manifeste par une fièvre brutale accompagnée de douleurs articulaires parfois très invalidantes, qui peuvent persister plusieurs semaines ou mois. Le Zika passe souvent inaperçu, mais représente un risque sérieux pour les femmes enceintes, pouvant provoquer des malformations fœtales graves (voir notre article dédié sur Zika et grossesse).

En cas de symptômes évocateurs (fièvre, douleurs articulaires, éruption) dans les 15 jours suivant des piqûres de moustique tigre, consultez votre médecin et mentionnez-lui explicitement la possibilité d'une arbovirose. Un bilan biologique adapté peut confirmer ou infirmer l'infection.

Se protéger à Lyon et en Auvergne-Rhône-Alpes : les bons gestes

La protection passe par deux volets complémentaires : éliminer les gîtes larvaires et se protéger individuellement des piqûres.

Éliminer les gîtes larvaires autour de chez soi

Le moustique tigre pond dans de très petits volumes d'eau stagnante. Pour réduire la population dans votre jardin ou sur votre balcon, adoptez ces réflexes :

  • Vider régulièrement les soucoupes de pots de fleurs ou les remplir de sable.
  • Ranger ou retourner les arrosoirs, seaux et récipients lorsqu'ils ne sont pas utilisés.
  • Entretenir les gouttières pour éviter l'accumulation de feuilles et d'eau.
  • Couvrir les cuves de récupération d'eau de pluie avec un voile fin.
  • Changer l'eau des vases au moins une fois par semaine.
  • Vérifier les bâches tendues sur les jardins ou les piscines hors-sol : elles peuvent former des poches d'eau.

Ces mesures, si elles sont appliquées collectivement à l'échelle d'un quartier ou d'une commune, peuvent réduire sensiblement les populations locales de moustiques. La Ville de Lyon et certaines communes de la Métropole soutiennent des campagnes de sensibilisation en ce sens chaque printemps.

Se protéger des piqûres

Pour se protéger des piqûres, plusieurs options existent, à combiner selon les situations :

  • Répulsifs cutanés : les produits contenant du DEET, de l'icaridine ou de l'IR3535 sont efficaces et homologués. Les concentrations entre 20 et 30 % offrent une protection de plusieurs heures. Pour les enfants de moins de 2 ans, l'icaridine à faible concentration est préférable ; demandez conseil à un pharmacien. Pour les femmes enceintes, des recommandations spécifiques s'appliquent (lire notre article sur le Zika et la grossesse).
  • Vêtements couvrants : manches longues, pantalons clairs le matin et en milieu d'après-midi, aux heures de plus forte activité de l'Aedes albopictus.
  • Moustiquaires : aux fenêtres et à l'entrée des pièces donne sur l'extérieur.
  • Ventilateurs : un simple ventilateur d'appoint suffit souvent à perturber le vol du moustique tigre, qui est peu puissant en vol contre le vent.

Les bracelets à ultrasons ou les répulsifs à base d'huiles essentielles seules n'ont pas prouvé leur efficacité dans les études contrôlées et ne constituent pas une protection suffisante. Ne s'y fier pas comme seule mesure.

Le rôle des citoyens dans la surveillance

La détection précoce des foyers de moustiques tigres repose en grande partie sur les signalements citoyens. L'ANSES gère la plateforme nationale signalement-moustique.anses.fr, et sur cartemoustiquetigre.fr vous pouvez également signaler une observation directement depuis votre téléphone ou votre ordinateur. Ces données permettent de mettre à jour la carte des communes colonisées et d'alerter les équipes de surveillance lorsqu'un insecte est signalé pour la première fois dans une commune jusqu'ici épargnée.

Chaque signalement compte. En 2025, les 326 enquêtes de terrain de l'ARS AURA ont été déclenchées en grande partie grâce à des alertes citoyennes. Votre observation peut contribuer directement à la réponse sanitaire locale.

Questions fréquentes

Le moustique tigre est-il présent dans toute la Métropole de Lyon ?

Oui, la très grande majorité des communes de la Métropole de Lyon est colonisée par le moustique tigre. Le Rhône est classé « fortement colonisé » par l'ANSES. Cela ne signifie pas que vous allez obligatoirement contracter une maladie, mais que le vecteur est présent et actif de mai à novembre. Consultez notre carte des communes pour vérifier la situation précise dans votre ville.

Comment reconnaître une piqûre de moustique tigre ?

La piqûre de moustique tigre ressemble à celle du moustique commun : une papule rosée et prurigineuse (qui démange). Il n'est pas possible de distinguer les deux par la seule réaction cutanée. Ce qui permet de suspecter l'Aedes albopictus, c'est le contexte : si vous avez été piqué en pleine journée, en extérieur ou dans un jardin ombragé, et que vous avez aperçu un petit moustique rayé noir et blanc, il s'agit très probablement d'un moustique tigre. En cas de symptômes fébriles dans les jours qui suivent, consultez votre médecin.

Y a-t-il un risque de dengue autochtone à Lyon en 2026 ?

Le risque existe. Des cas autochtones de chikungunya ont été confirmés dans le Rhône en 2025. La dengue suit le même mécanisme de transmission et des cas autochtones ont été enregistrés dans d'autres régions du Sud de la France. Une personne revenant d'un pays tropical avec la dengue et piquée par un moustique tigre local peut initier une chaîne de transmission. C'est pourquoi Santé publique France active chaque année, du 1er mai au 30 novembre, une surveillance renforcée dans tous les départements colonisés, dont le Rhône.

Que faire si je pense avoir repéré un moustique tigre pour la première fois dans mon quartier ?

Signalez-le. Vous pouvez soumettre un signalement sur notre plateforme en joignant si possible une photo. L'ANSES valide ensuite l'identification. Si c'est bien un moustique tigre et que votre commune n'était pas encore recensée comme colonisée, votre signalement peut déclencher une inspection de terrain. Il est aussi utile de prévenir votre mairie, qui peut contacter les services de démoustication compétents.

Les opérations de démoustication sont-elles efficaces ?

Les interventions de démoustication sont utiles mais ne peuvent pas éliminer le moustique tigre d'un territoire déjà colonisé. Elles visent à réduire ponctuellement les populations dans un périmètre défini, notamment autour d'un foyer de cas humains. L'efficacité est meilleure quand elles s'accompagnent d'une élimination des gîtes larvaires. En 2025, l'ARS AURA a réalisé 134 opérations, deux fois plus qu'en 2024, ce qui témoigne de l'intensification des efforts. Mais la lutte durable passe avant tout par la mobilisation collective des habitants pour supprimer les points d'eau stagnante.

La situation va-t-elle encore s'aggraver dans les prochaines années ?

Toutes les tendances pointent dans la même direction. Le moustique tigre progresse vers le nord de la France chaque année. Le changement climatique allonge la période d'activité des moustiques et augmente les températures estivales favorables à leur développement. Selon les projections, de nouveaux départements du Centre et du Nord de la France pourraient être colonisés d'ici 2030. En Auvergne-Rhône-Alpes, l'enjeu n'est plus de contenir l'expansion mais de limiter les impacts sanitaires par une surveillance accrue, une prévention individuelle généralisée et une réponse rapide en cas de foyer.

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