← Tous les articles

Femme enceinte : risques zika et précautions

13 mai 2026

Le virus Zika fait partie de ces maladies qui, pour la majorité des adultes, se traduisent par quelques jours de fièvre légère et de fatigue. Mais pour une femme enceinte, l'infection prend une tout autre dimension. Des malformations congénitales graves, dont la microcéphalie, ont été associées à des infections survenues pendant la grossesse, notamment lors des grandes épidémies en Polynésie française (2013-2014) puis en Amérique latine (2015-2016). Depuis lors, le suivi des femmes enceintes exposées au Zika est devenu une priorité de santé publique en France comme à l'étranger.

En France métropolitaine, le risque direct reste faible mais non nul. Des premiers cas autochtones de Zika ont été détectés en 2019 dans le Var, transmis localement par Aedes albopictus, le moustique tigre. Avec l'expansion rapide de cet insecte, qui est désormais présent dans plus de 70 départements, la vigilance s'impose à toutes les femmes enceintes résidant dans les zones colonisées, et pas uniquement à celles qui envisagent un voyage tropical. Cet article fait le point sur les risques réels du Zika pendant la grossesse, sur les modes de transmission, et sur les précautions concrètes à adopter selon les recommandations françaises officielles.

Il est important de rappeler que le moustique tigre se distingue du moustique commun (genre Culex) par son apparence : rayures noires et blanches très nettes, taille réduite (environ 5 mm), et surtout une activité diurne et à l'ombre, contrairement au Culex qui pique plutôt au crépuscule. C'est ce comportement de jour qui rend la protection individuelle plus difficile et donc d'autant plus indispensable pour une femme enceinte.

Le virus Zika et la grossesse : ce que dit la science

Le Zika est un arbovirus de la famille des Flaviviridae, proche de la dengue et du chikungunya. Il est transmis principalement par la piqûre de moustiques du genre Aedes, dont Aedes albopictus en Europe. Chez la plupart des personnes infectées, les symptômes sont absents ou très discrets : fièvre modérée, éruption cutanée, douleurs articulaires, conjonctivite. Environ 80 % des infections passeraient inaperçues.

Le danger change radicalement pendant la grossesse. Selon Santé publique France, l'infection par le Zika chez la femme enceinte peut entraîner des anomalies neurologiques congénitales chez le fœtus, dont la microcéphalie (développement insuffisant du cerveau et du crâne), des crises d'épilepsie, des troubles moteurs et des contractures musculaires. Environ 5 % des enfants nés de mères infectées pendant la grossesse présenteraient ce type d'atteintes, avec un risque plus élevé si la contamination a lieu au premier trimestre.

Le virus Zika peut traverser le placenta et se retrouver dans le liquide amniotique. Il est également excrété dans le sperme jusqu'à six mois après l'infection, ce qui implique un risque de transmission sexuelle. L'Organisation mondiale de la Santé et Santé publique France recommandent un rapport protégé (utilisation systématique du préservatif) ou l'abstinence pendant toute la durée de la grossesse lorsque le partenaire a voyagé dans une zone de circulation active du virus.

Un lien établi avec le syndrome de Guillain-Barré

En dehors de la grossesse, la complication neurologique la plus documentée est le syndrome de Guillain-Barré, une atteinte du système nerveux périphérique pouvant provoquer une paralysie temporaire. Des recherches menées par l'Institut Pasteur ont confirmé ce lien, avec une incidence estimée à environ 2 cas pour 10 000 infections. Si ce risque concerne peu les femmes enceintes directement, il rappelle que le Zika n'est pas une simple fièvre bénigne et justifie la surveillance médicale même en dehors de la grossesse.

Où circule le Zika en France et dans le monde ?

Sur le plan mondial, des épidémies actives ou une circulation endémique du Zika sont signalées en Amérique du Sud, en Afrique tropicale et dans plusieurs archipels du Pacifique. Les départements et régions d'outre-mer français (Guyane, Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin) sont régulièrement concernés par des épisodes de transmission.

En France métropolitaine, le risque de transmission locale reste limité mais réel. Les deux premiers cas autochtones ont été confirmés en 2019 à Hyères (Var) par l'Institut Pasteur. Depuis, aucune épidémie locale d'envergure n'a été déclarée en métropole, mais la surveillance est maintenue de mai à novembre dans tous les départements où le moustique tigre est présent. L'objectif est précisément de détecter rapidement tout foyer de transmission avant qu'il ne s'étende, selon le dispositif coordonné par Santé publique France.

Avant tout voyage dans une zone à risque, il est fortement conseillé à toute femme enceinte de consulter un médecin ou un centre de médecine des voyages. Le ministère de la Santé et Santé publique France mettent régulièrement à jour leurs recommandations selon les pays concernés.

Précautions à adopter : se protéger des piqûres

La protection contre les piqûres de moustique est la première et la plus efficace des défenses contre le Zika, la dengue et le chikungunya. Elle repose sur plusieurs actions complémentaires.

Les répulsifs cutanés : lesquels utiliser pendant la grossesse ?

Toutes les femmes enceintes ne peuvent pas utiliser n'importe quel répulsif. Le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT) donne les recommandations suivantes :

  • DEET (20 à 50 %) : c'est le répulsif le mieux étudié chez la femme enceinte. Le CRAT confirme qu'il est utilisable pendant toute la grossesse. Aucun effet malformatif n'a été rapporté à ce jour. Choisir de préférence une concentration entre 20 et 30 %.
  • Icaridine (jusqu'à 20 %) : moins de données disponibles, mais aucun effet indésirable fœtal ou néonatal n'a été signalé. Utilisable avec précaution.
  • IR3535 (jusqu'à 20 %) : non tératogène chez l'animal, sans signal clinique préoccupant. Utilisable chez la femme enceinte à concentration maximale de 20 %.

Ces répulsifs doivent être appliqués sur les parties découvertes de la peau, en évitant les yeux, les lèvres et les zones abîmées. Il faut se laver les mains après application et ne pas les vaporiser directement sur le visage. Les bracelets anti-moustiques à base d'huiles essentielles ou les ultrasons n'ont pas fait la preuve de leur efficacité et ne constituent pas une protection suffisante. Ne comptez pas sur eux seuls.

Les autres gestes de protection physique

Les répulsifs sont plus efficaces quand ils s'accompagnent de mesures physiques :

  • Porter des vêtements longs et clairs (les couleurs sombres attirent davantage les moustiques).
  • Utiliser des moustiquaires aux fenêtres et, si nécessaire, une moustiquaire de lit imprégnée d'insecticide dans les zones à forte densité.
  • Limiter la stagnation d'eau autour du domicile (soucoupes de pots de fleurs, gouttières, récipients divers) : le moustique tigre pond dans de très petits volumes d'eau, même un bouchon de bouteille suffit.
  • Programmer les activités extérieures en évitant les heures de forte activité du moustique tigre, principalement le matin et en milieu d'après-midi.

Suivi médical recommandé pour une femme enceinte exposée

Si une femme enceinte pense avoir été piquée dans une zone de circulation active du Zika, ou si elle présente des symptômes évocateurs (fièvre, éruption, douleurs articulaires) dans les deux semaines suivant une exposition potentielle, elle doit consulter rapidement son médecin ou son gynécologue obstétricien.

Un bilan biologique peut être prescrit pour rechercher le virus par RT-PCR (dans les sept premiers jours) ou par sérologie. En cas de confirmation d'infection, une surveillance échographique renforcée est mise en place pour détecter d'éventuelles anomalies du développement fœtal, notamment cérébrales. Ce suivi est coordonné avec le Centre National de Référence des Arbovirus et peut impliquer une équipe pluridisciplinaire (gynécologue, infectiologue, neuroradiologiste fœtal).

Pour les femmes qui reviennent de pays à risque, les recommandations de Santé publique France préconisent une surveillance systématique, même en l'absence de symptômes, pendant toute la durée de la grossesse. Votre médecin traitant est le premier interlocuteur pour évaluer votre situation personnelle.

Signaler une présence de moustique tigre près de chez vous

La lutte contre le Zika en métropole passe aussi par la surveillance entomologique, c'est-à-dire le suivi de la présence du moustique tigre commune par commune. Si vous observez un moustique tigre chez vous ou dans votre jardin, vous pouvez signaler une observation sur notre plateforme. Ces données alimentent la carte des communes colonisées et permettent aux autorités sanitaires d'intervenir rapidement en cas de signalement groupé.

La présence du moustique tigre dans votre commune ne signifie pas que le Zika y circule, mais elle indique que le vecteur est là, prêt à transmettre le virus si une personne virémique (porteuse du virus dans le sang) se fait piquer. C'est pourquoi le retour de voyage dans une zone à risque doit s'accompagner d'une protection anti-moustique active pendant au moins 15 jours, même en France, pour éviter de constituer un maillon de transmission locale.

Questions fréquentes

Une femme enceinte peut-elle voyager dans un pays où circule le Zika ?

Le Haut Conseil de la santé publique et Santé publique France déconseillent formellement les voyages dans les zones de circulation active du Zika pendant la grossesse. Si le voyage est inévitable, une consultation médicale préalable s'impose pour évaluer le risque, mettre en place une protection maximale et planifier la surveillance médicale au retour. Consultez votre médecin ou un centre de médecine des voyages bien avant le départ.

Mon partenaire revient d'un pays à risque Zika : que faire ?

Le virus Zika peut persister dans le sperme pendant six mois après l'infection. Si votre partenaire a séjourné dans une zone de circulation active du virus, il est recommandé d'utiliser un préservatif à chaque rapport sexuel pendant toute la durée de la grossesse, ou de s'abstenir. Cette recommandation s'applique même si votre partenaire n'a présenté aucun symptôme, car la majorité des infections sont asymptomatiques.

Le Zika peut-il se transmettre par le moustique tigre en France métropolitaine ?

Oui, c'est techniquement possible et cela s'est produit pour la première fois en 2019 dans le Var. Aedes albopictus est un vecteur compétent du Zika. Cela dit, pour qu'une transmission locale se produise, il faut qu'une personne virémique (infectée, de retour d'une zone à risque) soit piquée par un moustique tigre local, qui pique ensuite une autre personne. La probabilité reste faible en métropole à ce jour, mais elle augmente avec l'expansion du moustique tigre. Retrouvez la situation dans votre zone sur notre page d'information générale.

Quels sont les symptômes du Zika pendant la grossesse ?

Le Zika est le plus souvent asymptomatique (80 % des cas). Quand des symptômes apparaissent, ils surviennent 3 à 14 jours après la piqûre et comprennent une fièvre légère, des douleurs articulaires ou musculaires, une éruption cutanée rosée et parfois une conjonctivite. Ces signes durent généralement 2 à 7 jours. Mais l'absence de symptômes chez la mère ne protège pas le fœtus des complications. Si vous êtes enceinte et avez été exposée, consultez votre médecin sans attendre l'apparition de symptômes.

Les répulsifs anti-moustiques sont-ils dangereux pour le bébé ?

Les répulsifs homologués (DEET, icaridine, IR3535) sont considérés comme utilisables pendant la grossesse selon le CRAT, à condition de respecter les concentrations recommandées et les consignes d'application. Ils restent préférables au risque d'être infectée par le Zika. En revanche, les remèdes non éprouvés comme les huiles essentielles seules ou les bracelets à ultrason n'offrent pas une protection suffisante. Demandez conseil à votre médecin ou votre pharmacien pour choisir le produit adapté à votre situation.

Comment éliminer les gîtes larvaires du moustique tigre à la maison ?

Le moustique tigre pond dans de très petits volumes d'eau stagnante : une soucoupe de pot de fleurs, un arrosoir laissé dehors, une bâche mal tendue, une gouttière bouchée suffisent. Pour réduire les populations près de chez vous, videz ou rangez tous les récipients pouvant retenir l'eau, changez l'eau des vases au moins une fois par semaine, couvrez les citernes et réservoirs. Ces gestes simples constituent la base de la prévention collective. Vous pouvez aussi signaler la présence de moustiques tigres dans votre quartier pour alerter les autorités locales.

Vous avez vu un moustique tigre ?

Signaler Voir la carte

Autres articles