← Tous les articles

Zika et grossesse : ce qu'il faut savoir

13 mai 2026

Depuis l'épidémie de 2015-2016 qui a frappé l'Amérique latine et les territoires français des Caraïbes et de Guyane, le virus Zika est devenu une préoccupation particulière pour les femmes enceintes et celles qui envisagent une grossesse. Si le virus provoque le plus souvent une infection bénigne ou même silencieuse chez l'adulte, son impact sur le fœtus peut être sévère et irréversible. La prudence s'impose donc bien au-delà des seules zones d'épidémie active.

En France métropolitaine, le risque de transmission locale du virus Zika existe là où le moustique tigre (Aedes albopictus) est implanté : soit, en 2026, plus de 83 départements. Si aucune épidémie autochtone de grande ampleur n'a été enregistrée en métropole à ce jour, des cas importés et quelques cas autochtones isolés ont été documentés, rappelant que la vigilance reste de mise. Dans les départements d'outre-mer comme la Martinique, la Guadeloupe ou la Guyane, la circulation du virus est une réalité à prendre au sérieux.

Cet article reprend l'essentiel de ce que recommandent Santé publique France et le ministère de la Santé sur la question de Zika et de la grossesse : les risques réels pour le fœtus, les modes de transmission à connaître, les précautions à prendre avant et pendant un voyage, et le suivi médical recommandé.

Pourquoi le virus Zika est-il particulièrement dangereux pendant la grossesse ?

Chez la grande majorité des adultes, l'infection par le virus Zika est asymptomatique (pas de symptômes) ou se manifeste par des signes modérés : légère fièvre, éruption cutanée, douleurs articulaires, conjonctivite. Ces symptômes disparaissent en quelques jours sans traitement particulier. Il n'existe à ce jour ni vaccin ni traitement antiviral spécifique contre le Zika.

Chez la femme enceinte, le tableau est radicalement différent. Le virus peut franchir la barrière placentaire et infecter le fœtus en développement. Les conséquences peuvent être graves :

  • Microcéphalie : réduction anormale du périmètre crânien, avec des répercussions sur le développement cérébral.
  • Calcifications cérébrales et autres anomalies structurelles du cerveau.
  • Lésions oculaires (atteintes rétiniennes documentées notamment dans les territoires français des Antilles et de Guyane).
  • Syndrome de Zika congénital : ensemble de malformations associant anomalies cérébrales, arthrogrypose (rigidité articulaire) et atteintes neurologiques.
  • Fausse couche ou mort fœtale in utero dans les cas les plus graves.

Selon une étude publiée dans le New England Journal of Medicine portant sur les grossesses en territoires français des Amériques lors de l'épidémie de 2016, des anomalies cérébrales graves ou une microcéphalie sévère ont été observées dans environ 3 % des cas de femmes infectées pendant leur grossesse. Ce chiffre peut sembler faible mais il représente un risque considérable compte tenu de la gravité des séquelles.

Le risque semble plus élevé lors d'une infection au premier trimestre, période cruciale pour le développement du cerveau fœtal, mais des atteintes ont également été documentées lors d'infections au deuxième et troisième trimestre.

Comment le virus Zika se transmet-il ?

Transmission par le moustique tigre

La voie principale de transmission du virus Zika est la piqûre d'un moustique infecté, principalement Aedes albopictus (le moustique tigre) en France et Aedes aegypti dans les zones tropicales. Ces deux espèces piquent en journée, contrairement au moustique commun (Culex) qui est surtout actif au crépuscule.

Pour être vecteur du virus, le moustique doit d'abord piquer une personne infectée, puis transmettre le virus lors d'une piqûre ultérieure. Le moustique tigre est donc un vecteur compétent en France métropolitaine, ce qui justifie la surveillance épidémiologique renforcée pendant la période d'activité du moustique (mai à novembre).

Transmission sexuelle

Le virus Zika présente une particularité rare parmi les arbovirus : il peut se transmettre par voie sexuelle. Le virus a été retrouvé dans le sperme jusqu'à trois mois après l'infection, et dans les sécrétions vaginales. Cette voie de transmission est documentée même chez des personnes asymptomatiques.

Selon les recommandations du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) reprises par Santé publique France :

  • Un homme revenant d'une zone de circulation active du Zika doit utiliser un préservatif pendant au moins 3 mois après son retour (6 mois s'il a présenté des symptômes ou si l'infection a été confirmée).
  • Une femme revenant d'une zone à risque doit maintenir des rapports protégés pendant au moins 2 mois.
  • Ces délais s'appliquent que la personne ait ou non présenté des symptômes, car de nombreuses infections sont silencieuses.

Autres voies de transmission

Des cas de transmission par transfusion sanguine ont été signalés dans des zones épidémiques. En France, les dons de sang sont soumis à des mesures de contrôle spécifiques pour les donneurs ayant séjourné en zone à risque. Une transmission mère-enfant lors de l'accouchement est également documentée, mais elle reste rare.

Recommandations officielles pour les femmes enceintes

Avant de voyager

Santé publique France et le ministère de la Santé recommandent aux femmes enceintes de reporter tout voyage dans une zone de circulation active du virus Zika, quelle que soit la durée du séjour. Cette recommandation s'applique aux pays d'Amérique latine, des Caraïbes, d'Asie du Sud-Est et du Pacifique où le virus circule.

Si le voyage est indispensable (raisons familiales impérieuses, activité professionnelle), une consultation médicale préalable avec un médecin ou un centre de vaccinations internationales est obligatoire. Le médecin évaluera le rapport bénéfice-risque et adaptera les conseils de protection.

Pour les personnes en projet de grossesse

Il est recommandé de reporter le projet de grossesse après tout voyage en zone à risque. Concrètement :

  • Après le retour, réaliser une sérologie Zika 4 semaines plus tard pour détecter une éventuelle infection silencieuse.
  • Si le résultat est négatif et que le délai de protection est respecté, la grossesse peut être envisagée.
  • Si le partenaire masculin a voyagé, il doit utiliser un préservatif pendant 3 mois (ou 6 mois en cas d'infection confirmée) avant d'envisager une conception.

Pendant le voyage en zone à risque

Si le voyage ne peut être évité, la protection contre les piqûres de moustiques doit être maximale :

  • Porter des vêtements couvrants, de préférence imprégnés d'insecticide (perméthrine).
  • Appliquer un répulsif cutané homologué : DEET (concentration adaptée à la grossesse, généralement 30-50 %), icaridine ou IR3535. Consultez votre médecin pour choisir la molécule et la concentration appropriées pendant la grossesse.
  • Utiliser une moustiquaire de lit, imprégnée si possible.
  • Éviter toute relation sexuelle non protégée pendant et après le séjour.

Les répulsifs à base d'huiles essentielles seules ou les bracelets répulsifs ne constituent pas une protection suffisante, surtout dans un contexte de risque élevé pour la grossesse.

Que faire si vous avez été exposée pendant la grossesse ?

Si vous êtes enceinte et que vous avez séjourné dans une zone de circulation du virus Zika, ou si votre partenaire en revient, consultez sans délai votre médecin ou votre sage-femme, même en l'absence de symptômes.

Le bilan médical comprend généralement :

  • Une sérologie Zika (test sanguin) pour détecter les anticorps ou le matériel génétique viral.
  • Une échographie fœtale morphologique pour surveiller le développement du crâne et du cerveau de l'enfant à naître.
  • Un suivi rapproché tout au long de la grossesse si l'infection est confirmée ou probable.

En cas de symptômes évocateurs (fièvre, éruption cutanée, douleurs articulaires, conjonctivite) après une exposition potentielle, consultez immédiatement. Le diagnostic précoce permet d'organiser un suivi obstétrical adapté.

Si vous résidez dans un département métropolitain colonisé par le moustique tigre, vous pouvez signaler une observation de moustique tigre près de chez vous pour contribuer à la surveillance nationale. Consultez également la carte des communes concernées pour savoir si votre territoire est en zone de vigilance renforcée.

Zika et allaitement

Le virus Zika a été détecté dans le lait maternel, mais à ce jour, aucun cas de transmission du virus par l'allaitement n'a été documenté de façon certaine. Les autorités sanitaires, dont l'OMS et Santé publique France, considèrent que les bénéfices de l'allaitement maternel l'emportent sur le risque théorique de transmission. Toutefois, si vous avez été infectée pendant la grossesse ou après l'accouchement, discutez de cette question avec votre médecin ou votre pédiatre.

La situation en France en 2026

En France métropolitaine, aucune épidémie de Zika d'origine locale comparable à celles des Antilles n'a encore été enregistrée. Cependant, la présence du moustique tigre dans plus de 83 départements crée les conditions pour que des cas autochtones surviennent, comme cela a été observé pour la dengue (plusieurs centaines de cas autochtones en 2023 et 2024 dans le sud de la France).

Dans les départements et régions d'outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion, Mayotte), la situation est différente : le moustique vecteur est présent toute l'année et le virus peut circuler activement. Les femmes enceintes résidant dans ces territoires ou projetant de s'y rendre doivent consulter les bulletins de veille sanitaire de Santé publique France pour connaître le niveau de circulation virale au moment de leur voyage.

Pour information générale sur la présence du moustique tigre en France, consultez notre page dédiée.

Questions fréquentes

Est-ce que le virus Zika circule en France métropolitaine en ce moment ?

En dehors des saisons épidémiques ou de cas importés ponctuels, il n'y a pas de circulation active et continue du virus Zika en France métropolitaine. Toutefois, la présence du moustique tigre dans la majorité des départements rend théoriquement possible une transmission locale à partir d'un voyageur infecté. La surveillance est assurée par les ARS et Santé publique France pendant toute la saison d'activité du moustique. Consultez le site de Santé publique France pour les données épidémiologiques actualisées.

Dois-je me faire dépister si je rentre de vacances dans les DOM-TOM ?

Si vous étiez enceinte au moment du séjour, oui : consultez votre médecin ou sage-femme à votre retour, même sans symptômes. Il ou elle prescrira une sérologie Zika et organisera un suivi échographique adapté. Si vous n'étiez pas enceinte mais que vous avez un projet de grossesse, attendez 4 semaines après votre retour pour réaliser la sérologie avant d'entamer la conception.

Un préservatif protège-t-il efficacement contre la transmission sexuelle du Zika ?

Oui, l'utilisation correcte et systématique d'un préservatif masculin ou féminin réduit significativement le risque de transmission sexuelle du virus Zika. C'est la raison pour laquelle les recommandations officielles préconisent son utilisation pendant les délais indiqués après un retour de zone à risque, même en l'absence de symptômes.

Y a-t-il un vaccin contre le Zika ?

Non, il n'existe à ce jour aucun vaccin homologué contre le virus Zika. Plusieurs candidats vaccins sont en cours d'évaluation clinique, mais aucun n'a encore reçu d'autorisation de mise sur le marché. La prévention repose donc exclusivement sur la protection contre les piqûres de moustiques et les mesures d'hygiène sexuelle.

Le Zika est-il dangereux pour le bébé après la naissance ?

Le risque majeur lié au Zika est celui de l'infection pendant la grossesse. Après la naissance, un nourrisson infecté in utero peut présenter des manifestations du syndrome de Zika congénital (retard de développement, épilepsie, troubles visuels, etc.) qui nécessitent un suivi médical spécialisé. Une infection par le Zika contractée après la naissance chez un nourrisson en bonne santé est généralement bénigne, comme chez l'adulte.

Puis-je voyager en zone Zika si je prends la pilule contraceptive et que je n'ai pas de projet de grossesse immédiat ?

Sur le plan du risque de grossesse, une contraception efficace réduit ce risque. Mais le Zika peut aussi provoquer un syndrome de Guillain-Barré (atteinte neurologique rare) chez l'adulte, et le virus peut persister dans le sperme. Si vous envisagez une grossesse dans les 6 mois suivant votre retour, il est préférable de reporter le voyage ou de prendre toutes les précautions de protection. Dans tous les cas, consultez un médecin avant votre départ pour une évaluation personnalisée.

Vous avez vu un moustique tigre ?

Signaler Voir la carte

Autres articles