Signaler un moustique tigre : où et comment ?
13 mai 2026
Vous avez repéré un petit moustique noir et blanc dans votre jardin, sur votre terrasse ou dans votre commune. Il piquait en plein jour, volait en silence, et ses pattes rayées vous ont mis la puce à l'oreille. Que faire maintenant ? Signaler sa présence, tout simplement, et ce geste est plus utile qu'on ne le croit souvent.
En France, le signalement du moustique tigre (Aedes albopictus) repose depuis 2014 sur un dispositif de science participative coordonné par l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail). Chaque observation transmise par un citoyen contribue directement à la carte nationale des communes colonisées et aux décisions des autorités sanitaires. En 2025, avec 809 cas autochtones de chikungunya enregistrés en France métropolitaine, un niveau 26 fois supérieur à celui de 2024 selon Santé publique France, cette surveillance n'a jamais été aussi importante.
Ce guide vous explique pas à pas où signaler, comment préparer votre observation, ce qu'il advient de vos données, et pourquoi votre participation compte concrètement dans la lutte contre ce moustique vecteur.
Pourquoi signaler un moustique tigre ?
Le moustique tigre est le vecteur potentiel de la dengue, du chikungunya et du Zika. Ces maladies ne se transmettent pas directement d'une personne à l'autre : elles nécessitent qu'un moustique pique une personne infectée (de retour d'une zone tropicale, par exemple), puis en pique une autre. La présence du moustique tigre dans une commune est donc une condition nécessaire, pas suffisante, à une transmission locale.
C'est précisément pour détecter au plus tôt ces situations que le réseau de surveillance existe. Quand un médecin signale un cas de dengue importé, les autorités sanitaires consultent la carte des communes colonisées pour évaluer le risque de transmission locale et décider d'engager ou non des opérations de démoustication autour du foyer. Sans les données issues des signalements citoyens, cette carte serait incomplète.
En 2026, la surveillance a été renforcée dès le 1er mai. L'ARS Île-de-France a notamment lancé sa campagne de surveillance renforcée à cette date, signe que le dispositif monte en puissance chaque année avec l'extension de l'aire de répartition du moustique tigre, désormais présent dans 83 des 96 départements métropolitains.
Le site officiel de signalement : signalement-moustique.anses.fr
La plateforme de référence est signalement-moustique.anses.fr, gérée par l'ANSES depuis 2018. Elle est accessible depuis n'importe quel navigateur, sur ordinateur ou téléphone, sans nécessiter d'installation d'application.
Le formulaire vous guide en quelques étapes :
- Localisation : vous indiquez l'adresse ou le lieu précis où vous avez observé le moustique (rue, commune, code postal). La précision géographique est importante pour que les opérateurs puissent agir efficacement.
- Description de l'insecte : un questionnaire d'identification rapide vous aide à préciser ce que vous avez vu (couleur, taille, présence de rayures, horaire d'observation). Ce questionnaire permet également à l'ANSES de filtrer les observations qui concernent effectivement le moustique tigre.
- Photo : vous pouvez (et c'est vivement conseillé) joindre une photographie de l'insecte. Une photo prise avec un smartphone en mode macro suffit si elle est nette et que les détails du thorax sont visibles. La photo permet à des entomologistes de valider ou d'infirmer votre identification.
- Coordonnées : vous renseignez une adresse email et, si vous le souhaitez, un numéro de téléphone. Ces données permettent aux opérateurs de vous recontacter si nécessaire pour préciser l'observation.
Vous pouvez aussi utiliser directement le formulaire de signalement de cartemoustiquetigre.fr, qui transmet vos données au même réseau de surveillance.
Peut-on signaler sans photo ?
Oui, il est possible de soumettre un signalement sans joindre de photo, mais la probabilité que votre observation soit validée est plus faible. Les entomologistes qui traitent les signalements s'appuient avant tout sur les images pour confirmer l'espèce. Un signalement sans photo sera pris en compte mais reclassé comme « observation à vérifier » et ne sera pas automatiquement intégré à la carte des communes colonisées.
Si vous n'avez pas pu photographier le moustique vivant, vous pouvez conserver le spécimen mort dans un petit contenant fermé (flacon, boîte en plastique) et le photographier ensuite. La qualité de l'identification reste bonne sur un insecte récemment décédé, à condition que les ailes et les pattes soient encore visibles.
Que devient votre signalement ?
Les données collectées sur le portail de l'ANSES sont transmises quotidiennement au ministère chargé de la Santé. Elles sont ensuite partagées avec les opérateurs publics et privés chargés de la surveillance entomologique et de la lutte anti-vectorielle : agences régionales de santé (ARS), conseils départementaux, entités de démoustication comme l'EID Méditerranée ou l'EID Atlantique.
Ces opérateurs utilisent les signalements pour :
- Identifier les communes nouvellement colonisées et mettre à jour la carte officielle ;
- Planifier des interventions de démoustication ciblées autour de foyers de maladies vectorielles ;
- Orienter les campagnes de prévention et de communication locales ;
- Alimenter des études scientifiques sur la progression de l'espèce et ses facteurs de risque.
Votre signalement n'est donc pas une démarche symbolique : il entre dans un circuit opérationnel précis.
D'autres canaux de signalement
L'application iMoustique (Charente-Maritime)
Certains départements proposent leurs propres outils de signalement. En Charente-Maritime, par exemple, le service de démoustication du conseil départemental utilise l'application iMoustique, qui permet un signalement direct et géolocalisé depuis un smartphone. Ces données sont ensuite intégrées au réseau national.
Les ARS et collectivités locales
Certaines agences régionales de santé proposent des formulaires ou adresses email dédiées pour signaler des observations. L'ARS Île-de-France, l'ARS Nouvelle-Aquitaine et plusieurs autres ont des pages dédiées sur leur site. Ces signalements sont coordonnés avec le dispositif national de l'ANSES.
Cartemoustiquetigre.fr
Notre site centralise les observations et les restitue sous forme cartographique accessible à tous. Vous pouvez consulter les communes déjà colonisées dans votre département ou votre région avant ou après votre signalement. La carte est mise à jour régulièrement à partir des validations du réseau de surveillance.
Comment préparer une bonne observation ?
Quelques réflexes simples augmentent la valeur de votre signalement :
- Photographiez l'insecte posé (pas en vol) sur une surface claire ou sombre selon le contraste souhaité. Activez si possible le mode macro ou rapprochez-vous à 5-10 cm.
- Notez l'heure : une piqûre en journée (matin ou fin d'après-midi) renforce la probabilité qu'il s'agisse du moustique tigre.
- Repérez le lieu exact : le numéro de rue et la commune sont suffisants. Évitez de vous limiter au seul nom de la ville si vous êtes dans une grande agglomération.
- Décrivez le contexte : jardin, terrasse, parc public, zone industrielle... Ces informations aident les entomologistes à évaluer la probabilité de gîtes larvaires à proximité.
Signaler ne suffit pas : éliminer les gîtes larvaires
Le signalement est complémentaire d'un geste individuel tout aussi important : la suppression des gîtes larvaires autour de votre domicile. Le moustique tigre se reproduit dans de très petites quantités d'eau stagnante. Vider régulièrement (au moins une fois par semaine) les soucoupes de pots, les gouttières, les bâches, les jouets d'extérieur ou les seaux suffit à limiter drastiquement les populations locales.
Les collectivités ne peuvent pas intervenir sur les propriétés privées sans accord des habitants. C'est pourquoi la mobilisation individuelle est indispensable en complément de la surveillance publique. Pour en savoir plus sur les mesures de prévention et l'étendue géographique de la menace, consultez la page d'information générale du site.
Questions fréquentes
Mon signalement est-il anonyme ?
Non, le formulaire de l'ANSES demande une adresse email pour permettre un éventuel suivi par les opérateurs. Ces données sont traitées conformément au RGPD et ne sont utilisées qu'à des fins de surveillance sanitaire. Elles ne sont pas rendues publiques et ne sont pas utilisées à des fins commerciales.
Combien de temps faut-il pour qu'un signalement soit validé ?
Le délai varie selon le volume de signalements et la qualité des informations fournies. En règle générale, les observations accompagnées d'une photo nette sont traitées dans un délai de quelques jours ouvrés. Vous recevrez une notification par email si votre signalement est validé ou si des précisions vous sont demandées.
Puis-je signaler un larve ou un œuf, pas seulement un adulte ?
Vous pouvez signaler tout ce qui vous semble anormal dans un point d'eau stagnante (larves nageantes, œufs déposés sur les parois d'un récipient), mais l'identification à ce stade est difficile sans expertise entomologique. Le signalement d'un adulte photographié reste le plus fiable. Si vous trouvez des larves, la priorité est de vider le récipient immédiatement.
Je vis dans un département où le moustique tigre n'est pas encore présent : faut-il quand même signaler ?
Oui, et c'est même particulièrement important. La détection précoce dans un nouveau département permet aux autorités de réagir rapidement avant que l'espèce ne s'établisse durablement. Les signalements dans des zones non encore colonisées ont une valeur de veille très élevée.
Mon signalement peut-il déclencher une opération de démoustication dans mon quartier ?
Un seul signalement ne suffit généralement pas à déclencher une intervention : les opérateurs cherchent à confirmer la présence de l'espèce par plusieurs observations concordantes ou par leurs propres relevés. En revanche, si plusieurs signalements sont enregistrés dans un périmètre proche, et a fortiori si un cas de maladie vectorielle est déclaré dans la zone, cela peut effectivement conduire à des opérations ciblées.
Existe-t-il une récompense ou une reconnaissance pour les signalements ?
Il n'y a pas de récompense financière. La démarche est entièrement bénévole et s'inscrit dans une logique de science participative. Certains observateurs réguliers reçoivent des retours de la part des opérateurs sur les suites données à leurs signalements, ce qui constitue une forme de reconnaissance concrète de leur contribution à la surveillance sanitaire nationale.
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