Moustique tigre PACA : l'épicentre français
13 mai 2026
Si la France entière est progressivement gagnée par le moustique tigre, une région se distingue par l’ancienneté et l’intensité de la présence de l’insecte : Provence-Alpes-Côte d’Azur. C’est ici, dans les Alpes-Maritimes, que Aedes albopictus a été identifié pour la première fois en France métropolitaine, en 2004. Vingt ans plus tard, la PACA est devenue l’épicentre français des arboviroses transmises localement, concentrant à elle seule près de 60 % des cas autochtones de chikungunya et de dengue enregistrés en France hexagonale en 2025.
Cette situation n’est pas le fruit du hasard : un climat méditerranéen favorable, une densité de population élevée, des échanges touristiques intenses et une colonisation ancienne du territoire créent les conditions idéales pour que le cycle de transmission s’installe durablement. L’ARS PACA et Santé publique France suivent la situation avec une vigilance accrue, et la saison 2026 est considérée comme à haut risque.
Que vous soyez résident, vacancier ou professionnel de santé dans la région, comprendre pourquoi la PACA est si exposée, et comment réduire concrètement les risques, est devenu une priorité sanitaire réelle. Voici l’état des lieux complet.
Une colonisation précoce : le moustique tigre en PACA depuis 2004
C’est à Menton, dans les Alpes-Maritimes, que les premiers spécimens d’Aedes albopictus ont été capturés en 2004. L’insecte avait vraisemblablement emprunté la route commerciale depuis l’Italie du Nord, où il était déjà établi depuis la fin des années 1990. La colonisation s’est ensuite propagée rapidement vers l’ouest : le Var a été touché entre 2006 et 2008, les Bouches-du-Rhône suivirent, puis progressivement tous les départements de la région.
Aujourd’hui, les six départements de la PACA (Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var et Vaucluse) sont entièrement colonisés. Selon l’ARS PACA, plus de 97 % de la population régionale vit dans une zone de présence avérée du moustique tigre. C’est une proportion sans équivalent dans aucune autre région française.
Vous pouvez consulter la présence dans votre commune via la recherche par commune, ou vérifier la carte nationale sur la page d’information générale.
Pourquoi la PACA concentre-t-elle autant de cas ?
Un climat idéal pour le vecteur
Le moustique tigre se développe à des températures comprises entre 15 °C et 35 °C, avec un optimum autour de 25-28 °C. La période d’activité en PACA (d’avril à novembre dans les zones littorales) est nettement plus longue que dans le reste de la France. Le Var, les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône cumulent ainsi 6 à 7 mois de présence active de l’insecte par an, contre 4 à 5 mois en Île-de-France ou en Occitanie.
En outre, les hivers doux de la façade méditerranéenne permettent aux œufs de survivre en plus grand nombre d’une saison à l’autre, assurant une densité de population du vecteur plus élevée au printemps suivant.
Des flux touristiques et humains importants
La PACA accueille chaque été entre 30 et 35 millions de visiteurs. Parmi eux, un certain nombre de voyageurs revenant de zones tropicales où circulent la dengue, le chikungunya ou le Zika. Quand une personne virémique (infectée mais pas encore symptomatique) est piquée par un moustique tigre local, elle peut déclencher un foyer de transmission autochtone : le virus, absorbé par la femelle, est ensuite injecté à d’autres personnes dans le quartier.
Ce mécanisme explique la géographie des foyers : ils se concentrent dans les zones à forte densité résidentielle et touristique, Nice, Cannes, Toulon, Hyères, Fréjus, Antibes, mais aussi dans les communes péri-urbaines du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône.
Une colonisation ancienne et dense
Vingt ans de présence ont permis au moustique tigre de s’adapter aux micro-habitats urbains régionaux : bacs de fleurs, gouttières, jardinières, sous-bassements de piscines, pots de jardin, récupérateurs d’eau de pluie bouchs. Dans certains quartiers de la Côte d’Azur ou du Var, les relevés entomologiques montrent des densités d’Aedes albopictus comparables à celles observées dans des villes méditerranéennes italiennes ou espagnoles, pourtant habituées depuis bien plus longtemps à cet insecte.
Bilan 2025 : une saison historique
L’année 2025 a constitué un tournant. Selon le bilan annuel de Santé publique France publié en mai 2026, la région PACA a enregistré :
- 450 cas autochtones de chikungunya, répartis dans des dizaines de foyers distincts ;
- 16 cas autochtones de dengue ;
- 35 épisodes distincts de transmission entre juin et novembre 2025.
Ces chiffres représentent un niveau jamais atteint auparavant sur le territoire métropolitain. Les Alpes-Maritimes et le Var étaient les départements les plus touchés, suivis des Bouches-du-Rhône. La tendance à la hausse est continue depuis 2022, marquant une accélération nette.
Sur la période 2010-2025 dans son ensemble, ce sont 489 cas autochtones de chikungunya et 191 cas de dengue qui ont été recensés en PACA, selon l’ARS. La grande majorité de ces cas remonte aux saisons les plus récentes, illustrant une dynamique épidémique en progression constante.
La saison 2026 : vigilance maximale
Dès le 1er mai 2026, le dispositif de surveillance renforcée est activé en PACA, comme dans tout le reste de la France. L’ARS PACA a annoncé une mobilisation accrue après les records de 2025, avec :
- un renforcement des équipes de démoustication autour des foyers confirmés ;
- une communication renforcée auprès des professionnels de santé pour accélérer le diagnostic et le signalement des cas suspects ;
- des campagnes de sensibilisation auprès des habitants pour l’élimination des gîtes larvaires.
La surveillance s’appuie sur le réseau Sentinelles, les urgences hospitalières et les laboratoires de biologie médicale qui transmettent les résultats à Santé publique France. Chaque foyer identifié déclenche une intervention entomologique pour capturer les moustiques alentour et évaluer le risque de propagation.
Que faire concrètement si vous habitez ou séjournez en PACA ?
Protéger votre extérieur
La première action est d’éliminer tous les gîtes larvaires autour de votre domicile. Le moustique tigre se reproduit dans de très petits volumes d’eau stagnante (quelques centilitres suffisent). Videz régulièrement les soucoupes de pots de fleurs, retournez les arrosoirs, couvrez les bidons de récupération d’eau de pluie, nettoyez les gouttières. Un contrôle hebdomadaire suffit à casser le cycle de reproduction.
Se protéger des piqûres
En PACA, la protection individuelle est recommandée dès le mois d’avril et jusqu’en novembre. Utilisez des répulsifs cutanés contenant du DEET, de l’IR3535 ou de l’icaridine, adaptés à votre âge. Les enfants de moins de 12 ans doivent utiliser des formulations adaptées ; consultez votre pharmacien. Les bracelets répulsifs et les huiles essentielles ne constituent pas une protection suffisante et ne sont pas recommandés par l’ANSES comme solution principale.
Portez des vêtements couvrants aux heures d’activité de l’insecte (tôt le matin et en fin d’après-midi), et équipez vos fenêtres de moustiquaires si vous vivez en rez-de-chaussée ou en appartement avec terrasse.
Consulter rapidement en cas de fièvre
Si vous développez une fièvre dans les 7 à 14 jours suivant une piqûre de moustique tigre, consultez un médecin sans attendre. Signalez vos symptômes et le contexte géographique. Un diagnostic précoce permet une prise en charge adaptée et, surtout, une intervention rapide pour limiter la propagation du foyer dans votre quartier.
Signaler vos observations
La cartographie participative est un outil clé de la surveillance. En signalant un moustique tigre sur cartemoustiquetigre.fr (avec ou sans photo), vous contribuez directement à la détection précoce des nouvelles zones de colonisation et à la mise à jour de la carte régionale PACA. Ces données sont partagées avec les autorités sanitaires et les services de démoustication.
Questions fréquentes
Tous les départements de PACA sont-ils également touchés ?
Non, l’intensité varie. Les Alpes-Maritimes et le Var sont les plus touchés, en raison de leur urbanisation dense, de leur littoral fréquenté et de leur colonisation ancienne (depuis 2004-2006). Les Bouches-du-Rhône suivent de près. Les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes, plus montagneux, restent moins exposés aux épisodes de transmission autochtone, même si le vecteur y est officiellement présent. Le Vaucluse a connu des foyers de dengue dès 2024.
Le moustique tigre en PACA est-il actif toute l’année ?
Non. En dessous de 10-12 °C, les adultes meurent et les œufs entrent en dormance. En PACA littorale, l’activité débute généralement en avril et se termine en octobre-novembre selon les années. Les zones d’altitude plus élevée connaissent une saison plus courte. La période à risque maximal se situe de juin à octobre, quand les températures nocturnes restent douces et les densités de moustiques sont au plus haut.
Peut-on attraper le Zika en PACA ?
À ce jour, aucun cas de transmission autochtone du Zika n’a été documenté en France métropolitaine, y compris en PACA. Le risque théorique existe car le vecteur est présent, mais il reste faible comparativement à la dengue et au chikungunya. La situation reste surveillée par Santé publique France, en particulier pour les femmes enceintes.
Quels sont les numéros utiles en cas de suspicion de dengue ou chikungunya en PACA ?
En cas de symptômes, appelez votre médecin traitant en premier lieu. En dehors des heures d’ouverture, la régulation médicale est joignable au 15 (SAMU) ou au 3966 (service de médecine de ville en soirée et week-end dans de nombreux départements). Pour signaler un foyer suspect ou obtenir des informations sur la démoustication, l’ARS PACA est joignable via son site officiel ou le numéro régional affiché dans votre département.
Comment l’ARS intervient-elle quand un foyer est détecté ?
Dès qu’un cas autochtone est confirmé par analyse biologique, l’ARS déclenche une investigation épidémiologique et une opération entomologique : des pièges sont posés dans un périmètre de 150 mètres autour du domicile du patient, des moustiques sont capturés pour tester la présence du virus, et si nécessaire une démoustication est réalisée. Les voisins sont informés et invités à consulter un médecin en cas de symptômes. Cette chaîne d’actions doit se déclencher dans les 48 heures suivant la déclaration du cas.
Les touristes sont-ils plus exposés que les résidents ?
Pas nécessairement plus exposés à la piqûre, mais souvent moins informés des risques et moins équipés en répulsifs. Un résident habitué peut avoir intégré les bons réflexes (répulsifs, élimination des gîtes, moustiquaires). Un touriste qui dort fenêtres ouvertes dans une location sans moustiquaire, et qui ne pense pas à se protéger en journée, peut être piqué plus fréquemment. La sensibilisation à l’arrivée en PACA est donc particulièrement importante pendant les mois d’été.
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