Marseille 2022 : l'épisode dengue détaillé
13 mai 2026
L'été 2022 a constitué un tournant dans l'histoire de la dengue en France métropolitaine. Pour la première fois, le pays a enregistré plus de cas autochtones en une seule saison que sur les onze années précédentes réunies. Et c'est la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) qui a concentré l'essentiel de cette flambée, avec 52 des 66 cas autochtones recensés sur l'ensemble du territoire hexagonal. Parmi eux, un foyer autour de Saint-Jeannet et Saint-Laurent-du-Var dans les Alpes-Maritimes est entré dans les annales : il représente le plus grand épisode de dengue à transmission autochtone jamais documenté en Europe.
Ces événements ont souvent été résumés par les médias sous l'étiquette « dengue Marseille 2022 », mais la réalité géographique est plus précise et mérite d'être détaillée. Les foyers ne se trouvaient pas à Marseille même, mais dans plusieurs communes de la région, certaines dans les Bouches-du-Rhône, d'autres dans les Alpes-Maritimes et le Var. Cette précision importe, car elle illustre l'extension géographique du risque bien au-delà des grandes villes.
Cet article revient sur les faits : comment les foyers ont été identifiés, combien de cas ont été comptabilisés, quelles mesures ont été déclenchées et ce que cette saison 2022 nous enseigne sur l'évolution du risque dengue en France.
La dengue en France métropolitaine : un risque qui progresse
La dengue est une maladie virale transmise par la piqûre d'un moustique infecté, principalement Aedes albopictus en France métropolitaine. Ce moustique tigre, présent dans le pays depuis les années 2000, a colonisé au fil des années un nombre croissant de départements. En 2022, selon Santé publique France, 71 départements étaient colonisés en métropole, contre seulement 2 en 2006.
Pour qu'un cas de dengue soit dit « autochtone », il faut qu'une personne n'ayant pas voyagé dans une zone endémique ait été infectée localement : un moustique a d'abord piqué un voyageur porteur du virus, s'est infecté, puis a transmis la maladie à un résident n'ayant jamais quitté la région. Cette chaîne de transmission locale est la définition d'un foyer autochtone.
Entre 2010 et 2021, la France métropolitaine avait enregistré 48 cas autochtones au total, répartis sur une dizaine d'années. En 2022, ce chiffre a été dépassé en une seule saison. Santé publique France parle elle-même d'une « extension géographique et d'une augmentation de l'incidence » sans précédent dans son bilan publié dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) en juillet 2023.
Les trois foyers de PACA en 2022
La saison 2022 a vu émerger neuf épisodes de transmission autochtone de dengue en France hexagonale : cinq en Occitanie (12 cas), trois en PACA (52 cas) et un en Corse (2 cas). Voici le détail des trois foyers provençaux.
Foyer 1 : Fayence (Var), août 2022
C'est dans le village de Fayence, dans le département du Var, que le premier foyer de 2022 a été détecté. Sept cas autochtones ont été identifiés au cours du mois d'août. Les autorités sanitaires ont rapidement enclenché une démoustication ciblée autour des domiciles des patients, ainsi qu'un renforcement de la surveillance entomologique dans le secteur. Ce premier foyer, bien que limité, confirmait que la saison serait particulière.
Foyer 2 : Saint-Jeannet (Alpes-Maritimes), juillet-septembre 2022
Le foyer de Saint-Jeannet est le plus important de tous ceux documentés en 2022. Entre juillet et septembre, les services de l'ARS PACA ont identifié un nombre important de cas dans ce village perché des Alpes-Maritimes, rattaché à une même chaîne de transmission. Le foyer a impliqué 34 cas appartenant à une seule et même lignée virale, ce qui en fait le plus grand épisode de dengue autochtone jamais enregistré en Europe à l'époque.
La maire de Saint-Jeannet a été interviewée par l'ARS PACA en 2023, évoquant la complexité de la gestion locale : communication aux habitants, campagnes de suppression des gîtes larvaires, coordination avec les services de démoustication du département. Elle a souligné que la mobilisation collective des résidents avait été déterminante pour contenir la diffusion.
Foyer 3 : Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes), août-septembre 2022
Contigu au foyer de Saint-Jeannet dans ses dates d'émergence, le foyer de Saint-Laurent-du-Var, commune du littoral azuréen proche de Nice, a été suivi de près par les autorités. Les deux foyers des Alpes-Maritimes étaient géographiquement proches et ont conduit à une surveillance renforcée sur une large zone du département. Des actions de démoustication dans les Alpes-Maritimes ont été déclenchées en parallèle.
Foyer des Bouches-du-Rhône : Gardanne
Dans les Bouches-du-Rhône, c'est la commune de Gardanne qui a été le théâtre d'un foyer de dengue autochtone. Deux premiers cas ont été détectés chez un couple résidant dans cette ville de l'arrière-pays marseillais. L'investigation épidémiologique a permis d'identifier deux cas supplémentaires dans le même périmètre, portant le total à quatre cas. L'ARS PACA a déclenché une démoustication de précaution et une surveillance renforcée dans la zone.
C'est ce foyer de Gardanne, dans le département de la métropole marseillaise, qui a donné lieu à la couverture médiatique sous l'appellation « dengue Marseille 2022 ». La commune se trouve à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Marseille.
Le bilan chiffré : 66 cas autochtones, un record
Selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France (BEH n°14, juillet 2023), la saison 2022 totalise :
- 66 cas autochtones de dengue en France hexagonale (contre 48 sur la période 2010-2021 réunies).
- 9 épisodes distincts dans 3 régions : Occitanie, PACA, Corse.
- 378 cas importés diagnostiqués en métropole chez des voyageurs revenant de zones endémiques.
- Le sérotype DENV-1 prédominant dans la majorité des foyers.
Ces chiffres ne doivent pas être lus comme un bilan catastrophique : il s'agit encore d'un nombre de cas limité comparé aux épidémies que connaissent les Antilles françaises ou La Réunion. Mais la progression est réelle, documentée et préoccupante du point de vue de la santé publique.
Les mesures déclenchées sur le terrain
En France, la lutte contre les arboviroses comme la dengue est encadrée par un dispositif de surveillance renforcée qui s'active dès le 1er mai, date du début de la saison d'activité du moustique tigre, jusqu'au 30 novembre. Ce dispositif est coordonné par Santé publique France, les Agences régionales de santé (ARS) et les opérateurs de démoustication (EID en PACA).
Lorsqu'un cas autochtone est confirmé, un protocole s'enclenche :
- Investigation épidémiologique : identification de l'adresse du patient pendant sa période de virémie (période où le moustique pourrait se contaminer en le piquant), recherche de cas secondaires dans l'entourage.
- Démoustication de précaution autour du domicile (rayon de 150 à 200 mètres), ciblant les stades adultes et larvaires.
- Sensibilisation des riverains : distribution de flyers, communication sur la suppression des gîtes larvaires.
- Surveillance entomologique renforcée : pose de pièges de surveillance pour estimer la densité du moustique tigre dans le secteur.
- Suivi médical : consultation des cas contact potentiels, conseil aux médecins généralistes du secteur.
En 2022, ces protocoles ont été activés de manière répétée tout au long de l'été, mobilisant les équipes de l'ARS PACA, du Conseil départemental des Alpes-Maritimes et de l'EID Méditerranée. La gestion a été qualifiée d'« inédite » par les acteurs de terrain, en raison du nombre de foyers simultanés et de l'intensité de la surveillance nécessaire.
Pourquoi 2022 a-t-il été si particulier ?
Plusieurs facteurs se sont combinés pour faire de 2022 une année exceptionnelle.
Un été caniculaire favorable au moustique
L'été 2022 a été l'un des plus chauds jamais enregistrés en France. Les températures élevées accélèrent le cycle de développement du moustique tigre et raccourcissent la période d'incubation extrinsèque du virus dengue dans le moustique (temps entre l'ingestion du virus et la capacité à le transmettre). Des températures supérieures à 30°C permettent au virus de se répliquer plus vite dans le vecteur, augmentant le risque de transmission.
Un niveau record de cas importés
Les 378 cas importés de dengue en 2022 représentaient un niveau élevé de « pression d'importation ». Plus il y a de voyageurs virémiques (porteurs du virus) revenant en France durant la saison active du moustique tigre, plus le risque qu'un moustique local se contamine et déclenche une chaîne de transmission autochtone est grand.
Une colonisation croissante du territoire par Aedes albopictus
À mesure que le moustique tigre étend sa présence vers le nord et colonise de nouvelles communes chaque année, la fenêtre géographique dans laquelle une transmission autochtone est possible s'agrandit. En 2022, 71 départements étaient colonisés. Pour savoir si votre commune est concernée, consultez notre outil de recherche.
Quels symptômes après une piqûre dans une zone à risque ?
La dengue se manifeste typiquement par une forte fièvre (souvent supérieure à 39°C) apparaissant 4 à 10 jours après la piqûre infectante, accompagnée de douleurs articulaires et musculaires intenses, de maux de tête prononcés, parfois d'une éruption cutanée et d'une fatigue marquée. Dans la grande majorité des cas, la maladie évolue favorablement en une à deux semaines. Mais des formes sévères (dengue hémorragique) existent, notamment en cas de réinfection par un sérotype différent.
Si vous présentez ces symptômes après avoir séjourné dans une zone où le moustique tigre est actif, notamment en PACA en période estivale, consultez un médecin sans délai. Mentionnez explicitement la possibilité d'une dengue. Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique, mais une prise en charge médicale précoce permet de surveiller d'éventuelles complications.
Ne vous auto-médicamentez pas avec de l'aspirine ou de l'ibuprofène en cas de suspicion de dengue : ces anti-inflammatoires augmentent le risque hémorragique. Le paracétamol est le seul analgésique recommandé en attendant le diagnostic.
Que retenir pour se protéger dans les zones à risque ?
L'épisode de 2022 confirme que la dengue autochtone n'est plus une hypothèse théorique en France du Sud. Quelques précautions s'imposent durant la saison estivale dans les régions colonisées par le moustique tigre :
- Utiliser des répulsifs cutanés homologués (DEET, icaridine, IR3535) lors des activités extérieures en journée.
- Porter des vêtements longs et clairs dans les zones très infestées.
- Supprimer tous les gîtes larvaires autour du domicile (eau stagnante dans les soucoupes, gouttières, réservoirs ouverts).
- Signaler tout moustique tigre observé pour alimenter la cartographie nationale via notre formulaire de signalement.
Pour une vue d'ensemble sur le moustique tigre et sa présence en France, consultez notre page d'information générale.
Questions fréquentes
Y avait-il vraiment de la dengue à Marseille en 2022 ?
Partiellement. Le foyer le plus souvent cité dans les médias sous le nom « dengue Marseille 2022 » concernait en réalité la commune de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Marseille. Les foyers les plus importants en nombre de cas se trouvaient dans les Alpes-Maritimes, à Saint-Jeannet et Saint-Laurent-du-Var, ainsi que dans le Var à Fayence.
Combien de cas autochtones de dengue y a-t-il eu en France en 2022 ?
Selon Santé publique France, 66 cas autochtones ont été confirmés en 2022, répartis en 9 épisodes dans trois régions : Occitanie (12 cas), PACA (52 cas) et Corse (2 cas). Ce total dépasse à lui seul le cumul des cas enregistrés sur les onze années précédentes (2010-2021, soit 48 cas).
Peut-on attraper la dengue dans le Sud de la France sans avoir voyagé ?
Oui, c'est désormais possible et documenté. Pour qu'une transmission locale ait lieu, il faut qu'un moustique tigre local pique d'abord une personne virémique (porteuse du virus, souvent un voyageur rentrant d'une zone endémique), s'infecte, puis transmette le virus à un résident. Ce scénario s'est répété plusieurs dizaines de fois en 2022 dans le Sud de la France.
La dengue peut-elle devenir endémique en France métropolitaine ?
Les experts de Santé publique France n'anticipent pas d'endémisation au sens tropical du terme dans l'immédiat. Mais ils soulignent que les épisodes autochtones seront de plus en plus fréquents et potentiellement plus intenses avec le réchauffement climatique et l'extension du moustique tigre. La vigilance s'impose chaque saison estivale dans les zones colonisées.
Quels soins en cas de suspicion de dengue ?
Consultez un médecin rapidement. Ne prenez pas d'aspirine ni d'ibuprofène, qui augmentent le risque hémorragique en cas de dengue : seul le paracétamol est recommandé pour réduire la fièvre. Le médecin peut prescrire un test sérologique ou de PCR pour confirmer le diagnostic. En cas de signes d'alerte (saignements, douleurs abdominales sévères, chute brutale de la fièvre après 2-3 jours accompagnée d'une grande fatigue), rendez-vous aux urgences sans attendre.
Faut-il se vacciner contre la dengue si l'on vit dans le Sud de la France ?
La vaccination contre la dengue (Dengvaxia) est disponible en France mais réservée à des profils spécifiques : personnes résidant dans des territoires endémiques (Antilles, Réunion, Guyane) ayant déjà eu une dengue confirmée biologiquement. Elle n'est pas recommandée en prophylaxie générale pour les résidents de métropole. Parlez-en à votre médecin si vous vous interrogez sur votre situation personnelle.
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