ARS et plans de lutte anti-vectorielle
13 mai 2026
Depuis plusieurs années, la France fait face à une progression continue du moustique tigre (Aedes albopictus) sur son territoire. Présent dans 81 départements métropolitains à l'entrée de la saison 2026, ce moustique rayé noir et blanc de 5 mm environ n'est pas seulement une nuisance : il est vecteur potentiel de la dengue, du chikungunya et du Zika. Face à cette réalité sanitaire, les Agences régionales de santé (ARS) coordonnent chaque année des plans de lutte anti-vectorielle (LAV) de plus en plus structurés, associant surveillance entomologique, traitements ciblés et sensibilisation du grand public.
La saison 2025 a été qualifiée d'« inédite » par Santé publique France en termes d'intensité : 809 cas autochtones de chikungunya et 30 cas autochtones de dengue ont été recensés en France hexagonale entre juin et novembre, touchant pour la première fois des régions jusqu'ici épargnées comme la Nouvelle-Aquitaine, le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté. Ces chiffres ont conduit les autorités à renforcer encore le dispositif pour 2026, avec des campagnes de surveillance lancées dès le 1er mai dans la plupart des régions concernées.
Comprendre comment fonctionne la lutte anti-vectorielle, qui en est responsable et ce qu'elle peut ou ne peut pas faire, est utile pour tout habitant d'une zone colonisée. Car la LAV, si elle mobilise des professionnels, repose aussi largement sur la vigilance et les actions des citoyens. Vous pouvez d'ailleurs signaler une observation de moustique tigre depuis notre plateforme pour contribuer directement à cet effort collectif.
Qu'est-ce que la lutte anti-vectorielle ?
La lutte anti-vectorielle désigne l'ensemble des mesures visant à contrôler les populations d'arthropodes (moustiques, tiques, phlébotomes…) susceptibles de transmettre des agents pathogènes à l'être humain. Pour le moustique tigre, la LAV en France hexagonale est encadrée par le Code de la santé publique et placée sous la responsabilité du ministre chargé de la Santé, avec un rôle opérationnel délégué aux ARS et à leurs partenaires agréés.
Contrairement à la démoustication générale pratiquée dans certaines zones humides (marais, Camargue), la LAV anti-moustique tigre n'est pas préventive à grande échelle. Elle est déclenchée selon des critères précis : présence avérée de cas humains d'arbovirose importés ou autochtones, densité de moustiques autour d'un cas virémique, ou détection de foyers de reproduction actifs à proximité de sites à risque. C'est une réponse ciblée, pas un traitement systématique du territoire.
L'architecture du dispositif : qui fait quoi ?
Le niveau national : Santé publique France et le ministère
Santé publique France (SPF) assure la surveillance épidémiologique des arboviroses. Pendant la période de surveillance renforcée, du 1er mai au 30 novembre, les professionnels de santé sont tenus de déclarer tout cas suspect de dengue, chikungunya ou Zika à l'ARS. SPF publie des bulletins hebdomadaires ou bimensuels synthétisant les données nationales, disponibles sur santepubliquefrance.fr.
Le ministère de la Santé fixe le cadre réglementaire (arrêtés préfectoraux, liste des espèces surveillées, habilitation des opérateurs de LAV) et coordonne les moyens en cas d'épidémie.
Les ARS : chefs de file régionaux
Les Agences régionales de santé sont les pivots opérationnels de la LAV sur leur territoire. Leurs missions incluent :
- La coordination du réseau de pièges pondoirs (ovitraps) déployés chaque année sur les sites à risque d'importation (ports, gares internationales, plateformes logistiques) et dans les communes colonisées.
- Le déclenchement des investigations entomologiques autour des cas humains déclarés (recherche de gîtes larvaires dans un rayon de 150 à 200 mètres autour du domicile d'un cas virémique).
- La coordination et le contrôle des opérateurs de LAV agréés chargés des traitements.
- La communication grand public et la formation des acteurs locaux (professionnels de santé, élus, associations).
En 2026, l'ARS Île-de-France a officiellement lancé sa campagne de surveillance renforcée le 1er mai, pour une durée courant jusqu'au 30 novembre. L'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur, région qui concentre à elle seule près de 60 % des cas autochtones en 2025, a renforcé ses moyens humains et matériels pour anticiper une saison potentiellement encore plus intense.
Les opérateurs de LAV agréés
Les traitements proprement dits sont réalisés par des opérateurs spécialisés, agréés par le préfet de région. Ces structures (organismes publics ou privés habilités) interviennent sur demande des ARS et, dans certains cas, des collectivités locales. Ils sont soumis à des obligations strictes de traçabilité, d'utilisation de produits homologués et de formation de leur personnel.
Les méthodes de surveillance entomologique
Les pièges pondoirs (ovitraps)
Le réseau de surveillance repose principalement sur des pièges pondoirs : de simples récipients sombres contenant de l'eau et une plaquette de bois ou de mousse sur laquelle les femelles de Aedes albopictus viennent pondre. Les plaquettes sont relevées régulièrement, les œufs comptés et, si nécessaire, les larves identifiées au laboratoire. Ce réseau permet de cartographier finement la présence et la densité du moustique tigre, notamment aux points d'entrée potentiels sur le territoire.
La surveillance des cas humains
Parallèlement à la surveillance entomologique, le dispositif repose sur la déclaration obligatoire des cas de dengue, chikungunya et Zika par les médecins et biologistes. Dès réception d'un signalement, l'ARS lance une investigation dans un délai de 24 à 48 heures pour vérifier la présence de moustiques tigres dans le périmètre du cas et, si nécessaire, déclencher un traitement.
Les traitements : larvicides et adulticides
La lutte larvicide
La première ligne de traitement est la suppression mécanique des gîtes larvaires : vider, couvrir ou détruire tout récipient contenant de l'eau stagnante (coupelles, seaux, pneus, gouttières obstruées, arrosoirs…). Quand l'élimination physique est impossible (avaloirs, bouches d'égout, bassins ornementaux, cimetières…), un larvicide biologique à base de Bacillus thuringiensis israelensis (BTi) est appliqué. Le BTi est une bactérie naturellement présente dans le sol qui produit une toxine létale pour les larves de moustiques mais inoffensive pour les humains, les animaux et la plupart des autres invertébrés aquatiques.
La lutte adulticide
Lorsque la densité de moustiques adultes est trop élevée ou qu'un risque de transmission autochtone d'arbovirose est avéré, un traitement insecticide ciblant les adultes peut être mis en œuvre. Ces pulvérisations sont réalisées de nuit, pour limiter l'exposition humaine et réduire l'impact sur les insectes pollinisateurs diurnes, en particulier les abeilles. Les produits utilisés sont des insecticides homologués à faibles doses, appliqués sous forme d'ultra bas volume (UBV) par des opérateurs formés. Les résidents du périmètre traité sont informés à l'avance.
Ces traitements adulticides ont une efficacité immédiate mais temporaire : ils réduisent les populations présentes au moment de l'intervention mais ne détruisent pas les œufs ni les larves en développement. Ils doivent donc être accompagnés d'une action sur les gîtes larvaires pour être pleinement efficaces.
La mobilisation régionale en 2026
L'année 2026 marque une montée en puissance notable du dispositif dans plusieurs régions. Outre l'Île-de-France et PACA, des ARS comme celles de Nouvelle-Aquitaine, d'Occitanie, d'Auvergne-Rhône-Alpes et de Bretagne ont renforcé leurs programmes de surveillance. En Bretagne, région où le moustique tigre est apparu plus récemment, l'ARS a déployé un réseau de pièges pondoirs dans les communes identifiées comme à risque d'introduction, notamment les grandes agglomérations et les zones commerciales avec trafic de marchandises.
Le Plan régional santé-environnement (PRSE4), en vigueur dans plusieurs régions, intègre explicitement la lutte anti-vectorielle parmi ses axes prioritaires. Il vise à renforcer la prévention des maladies vectorielles en mobilisant les acteurs locaux : communes, professionnels de santé, associations et citoyens. Des outils pratiques sont développés à destination des élus pour intégrer la surveillance et la prévention dans les politiques locales. Pour savoir si votre département est concerné, consultez la liste des communes colonisées sur notre site.
Le rôle crucial des citoyens
La lutte anti-vectorielle ne peut pas reposer uniquement sur les professionnels. Le moustique tigre se reproduit dans des gîtes domestiques de très petit volume : une coupelle de pot de fleur contenant 5 ml d'eau suffit à produire des dizaines de larves. Ces gîtes sont disséminés dans les jardins, balcons, caves et garages privés, inaccessibles aux opérateurs sans la coopération des habitants.
Les autorités sanitaires recommandent à tous les particuliers de :
- Vider chaque semaine tous les récipients pouvant retenir de l'eau (coupelles, seaux, arrosoirs, bâches, jouets de jardin).
- Couvrir les citernes et réservoirs d'eau de pluie avec une moustiquaire fine.
- Changer l'eau des vases et des bassins d'agrément régulièrement, ou y introduire des poissons larvivores.
- Surveiller les gouttières et évacuations pouvant retenir des feuilles et de l'eau stagnante.
- Utiliser un répulsif cutané homologué (DEET, icaridine ou IR3535 selon l'âge) lors des expositions prolongées en extérieur.
Si vous observez un moustique tigre, le reconnaître (petite taille, rayures blanches sur fond noir, comportement agressif de jour, piqûres multiples) et le signaler via notre formulaire contribue directement à la surveillance épidémiologique nationale. Chaque signalement géolocalisé aide les ARS à identifier les zones de présence et à ajuster leurs interventions. Pour en apprendre plus sur les caractéristiques de cette espèce, consultez notre page moustique tigre en France.
Questions fréquentes
Qui contacter si je pense avoir un foyer de moustiques tigres dans mon jardin ?
En premier lieu, signalez votre observation sur notre plateforme ou via le site officiel du gouvernement (signalement-moustique.fr). Votre ARS régionale est ensuite l'autorité compétente pour évaluer la situation et déclencher une intervention si nécessaire. En cas de cas humain avéré d'arbovirose dans votre entourage, c'est le médecin traitant qui déclenche la procédure de déclaration obligatoire, à partir de laquelle l'ARS prend le relais.
Les traitements insecticides sont-ils dangereux pour ma santé ?
Les traitements adulticides réalisés par les opérateurs agréés utilisent des produits homologués à des doses très faibles, dans le respect des protocoles de sécurité. Les riverains sont informés à l'avance et il est conseillé de rester à l'intérieur pendant et juste après le traitement, de fermer les fenêtres et de ne pas laisser les animaux domestiques à l'extérieur. Les personnes asthmatiques ou allergiques doivent prendre des précautions particulières ; en cas de doute, consultez votre médecin avant l'intervention.
Le BTi est-il nocif pour la biodiversité de mon jardin ?
Le BTi (Bacillus thuringiensis israelensis) est reconnu comme l'un des larvicides les plus sélectifs disponibles. Il est toxique pour les larves de moustiques et de certaines mouches, mais son impact sur les autres organismes aquatiques (crustacés, poissons, amphibiens) est très limité aux doses utilisées. Il est largement utilisé dans les zones humides protégées en Europe, y compris dans des espaces naturels sensibles. Son usage est autorisé en agriculture biologique dans plusieurs pays.
Pourquoi la démoustication n'est-elle pas réalisée systématiquement dans tout le territoire ?
Parce que le moustique tigre est désormais présent dans plus de 80 départements et que traiter systématiquement tout le territoire nécessiterait des moyens disproportionnés, avec des effets sur l'environnement (insectes non cibles, abeilles) difficiles à maîtriser à grande échelle. La stratégie adoptée est celle d'une intervention ciblée et proportionnée : surveiller en continu, intervenir vite et précisément autour des foyers à risque, et miser sur la prévention citoyenne pour réduire les gîtes larvaires.
Que risque-t-on vraiment si on est piqué par un moustique tigre ?
Dans la grande majorité des cas, la piqûre d'Aedes albopictus provoque une démangeaison locale sans conséquence grave. Le moustique tigre ne peut transmettre dengue, chikungunya ou Zika que s'il a préalablement piqué une personne virémique (infectée et en phase de transmission). En France hexagonale, ce risque est réel mais encore limité : la transmission autochtone existe, comme l'ont montré les 839 cas recensés en 2025, mais elle reste concentrée dans certaines zones. En cas de fièvre, douleurs articulaires ou éruption cutanée après une piqûre, consultez rapidement un médecin et signalez votre symptomatologie.
Les communes ont-elles l'obligation de participer à la lutte anti-vectorielle ?
Les communes ne sont pas directement responsables de la LAV, qui est une compétence de l'État exercée via les ARS. En revanche, elles peuvent y contribuer activement en entretenant les espaces verts (suppression des gîtes sur le domaine public), en communiquant auprès des habitants, et en intégrant des prescriptions anti-moustiques tigres dans les permis de construire ou les documents d'urbanisme. Certaines ARS développent des outils spécifiques à destination des élus dans le cadre des Plans régionaux santé-environnement pour faciliter cette coopération.
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